France : Macron met un peu de social dans sa politique

Lundi 13 Novembre 2017

Après un début de quinquennat placé sous le signe d'une politique libérale, le président de la République fait maintenant une place au social. En déplacement en région parisienne et dans le Nord, il lance le chantier de sa politique de la ville.

Jambe droite, jambe gauche. Après une rentrée marquée par les ordonnances sur la réforme du marché du travail  et la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune, place au social. La politique de la ville en l'occurrence, thème sur lequel Emmanuel Macron a entamé lundi une séquence de deux jours par un déplacement à Clichy-sous-Bois. Elle s'achèvera mardi à Tourcoing par un discours du président de la République.

Un déplacement pour corriger l'image de président des riches que les opposants d'Emmanuel Macron essayent de lui coller? «Ce serait une erreur que de voir là une séquence montée en catastrophe en réaction aux commentaires sur les ordonnances ou l'ISF, assure-t-on dans l'entourage du chef de l'État. Ce type d'événement ne peut pas se préparer dans un laps de temps aussi court, surtout lorsqu'il s'agit de sanctuariser 430 millions d'euros par an sur la durée du quinquennat.» D'ailleurs, l'accueil réservé par la mairie de Lille aux mesures d'Emmanuel Macron ne laisse guère de doute sur l'aspect «social» ou «de gauche» de la politique de la ville du président de la République.

 

«Ce serait une erreur que de voir là une séquence montée en catastrophe»

L'entourage d'Emmanuel Macron

Lundi, un adjoint de Martine Aubry lui a adressé une lettre ouverte sur son compte Facebook. «Vous avez décidé que la politique de la ville portait en elle trop d'échecs et pas assez de réussites, pour en faire un axe des politiques que vous portez. Et donc, suppression des emplois aidés, baisse de plusieurs millions d'euros des crédits de 2017, écrit ce proche de Martine Aubry avant d'interpeller le chef de l'État sur le ton de l'ironie. Comment vous expliquer, Monsieur le Président, que “ceux qui ne sont rien” ont droit à un peu plus que rien?» Mardi, il suffira donc d'observer la chaleur de l'accueil réservé par Aubry pour jauger de la portée sociale de ses propositions.

À gauche, l'ancienne patronne du PS fait toujours figure de gardienne du temple. Fin septembre, elle avait qualifié la réforme du marché du travail de «régression sociale terrible», jugé le budget 2017 comme étant «totalement libéral» et assuré que le gouvernement pratiquait «une politique à laquelle même Jacques Chirac n'aurait pas osé penser, tellement elle est à droite et libérale». Bref, pas franchement une admiratrice du président de la République dont elle assurait déjà, avant son élection, en avoir «ras-le-bol».

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Le chef de l'État apporte pourtant dans sa besace une mesure mise en place sous la gauche: les emplois francs. Sur le volet éducatif, il compte annoncer des initiatives dès le secondaire comme le renforcement des internats et une aide aux stages de troisième en confiant aux principaux des collèges la charge de les trouver. Emmanuel Macron rappellera aussi les mesures déjà mises en place comme les classes à effectifs réduits dans les zones sensibles.
Un «changement de paradigme»

Dans ces quartiers défavorisés concernés par la politique de la ville, l'État s'engagera aussi à faire revenir les services publics, comme La Poste, et à doubler les maisons de santé. Côté sécurité, le chef de l'État rappellera également la mise en place de la police de sécurité quotidienne. «Mais c'est vrai qu'avec cette réforme il y a un changement de paradigme, reconnaît-on dans l'entourage du chef de l'État. On a décidé d'aider les individus plutôt que d'implanter des MJC dans les quartiers.»

Presque toutes les mesures figuraient dans le programme présidentiel d'Emmanuel Macron mais n'étaient pas rassemblées sous le vocable de «politique de la ville». Cette absence avait d'ailleurs été critiquée après son élection, au moins autant que sa décision de ne pas se doter d'un ministère de la Ville. Le tout avait d'ailleurs contribué à alimenter la colère des maires à l'encontre du chef de l'État. Emmanuel Macron avait préféré créer un ministère de la Cohésion des territoires qu'il avait confié à l'un de ses plus proches lieutenants, Richard Ferrand, avant d'y nommer Jacques Mézard. Lequel accompagne le chef de l'État dans sa tournée avec le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, ancien maire de Tourcoing.


Le Redacteur